On a tous nos petites obsessions écologico-médiatique. Pour vous, c’est peut-être le Publi-sac, le catalogue Ikea ou le journal Métro. Pour d’autres, ce sont les annuaires et plus précisément les Pages Jaunes. Ça fait quelques années que ça dure, mouvance verte oblige. Sauf que cette année, Facebook, Twitter et autres gadgets du web nouveau amplifient le phénomène. Et c’est tant mieux.

Un groupe anti-Pages Jaunes s’est donc formé sur Facebook. En fait, il y a des groupes semblables partout dans le monde. J’ai reçu une invitationà y adhérer lundi. Hier, au TJ de Radio-Can, on présentait déjà un reportage sur le sujet. Les membres du groupe québécois prévoient même une manifestation publique… Une crise que les responsables du Groupe Pages Jaunes tentent désespérément de contenir sur Facebook avec des messages génériques. Du dammage control aux allures pathétiques. Voici un extrait d’un échange entre le directeur des communications et un membre du groupe qui prône l’application du «Permission Marketing» au modèle des annuaires.
Pages Jaunes:
Bonjour, Nous sommes désolés que malgré votre demande de retrait de la liste de distribution en septembre 2008, vous ayez tout de même reçu votre annuaire Pages Jaunes. Il est possible que certaines données aient été omises lors du transfert entre l’ancien système et le nouveau Programme de distribution personnalisée. Le choix de vous retirer de la liste de distribution est valide pour une période de 2 ans et s’applique à votre adresse et numéro de téléphone. Comme certaines personnes déménagent ou on des besoins qui évoluent, nous préférons offrir le choix à nos clients de se réinscrire au programme. Si vous désirez obtenir plus de renseignements à ce sujet, n’hésitez pas à communiquer avec nous à info@ypg.com ou visitez notre page Web Engagement environnemental. Vous pouvez aussi nous suivre sur Twitter.com/PagesJaunes_ca
Au plaisir,
Groupe Pages Jaunes
Carlos Carpio, Directeur, site Web et communications de l’entreprise
Membre du Groupe:
M. Carpio, une liste d’exemption ça ne marche pas, le gars qui distribue les annuaires n’en a rien à faire que je sois sur la liste ou pas, c’est moins long pour lui de les passer partout. La seule solution réellement viable c’est de mettre en place une liste de livraison des annuaires, si vous voulez un annuaire inscrivez-vous, c’est gratuit et facile. Cette nouvelle politique vous donnerait un capital de sympathie hors du commun. Nous aimons tous les pages jaunes, c’est un outil vraiment très important, mais la version internet est suffisante débarrassez nous de la version imprimée!
Et je vous fais grâce de toutes les photos qui démontrent l’inefficacité de la politique mise en place par l’entreprise: des tonnes d’annuaires au recyclage, des annuaires dans des boîtes aux lettres où apparait le sigle «pas de circulaire», et j’en passe. Alors clairement ici, c’est Facebook : 1, Pages Jaunes : 0.
Ce qui est irritant pour Pages Jaunes, c’est que cette saga met en lumière des évidences que le consommateur, dans sa grande sagesse, nous rappelle à la mémoire:
1. En 2009, c’est difficile de justifier de rentrer un produit dans la gorge de sa cible. Nous sommes à l’ère du JE DÉCIDE ce que JE VEUX LIRE, CONSOMMER, REGARDER, etc.
2. Les aberrations écologiques font sursauter. On voudrait engager le gars du gros bon sens de Nissan et l’envoyer au conseil d’administration de Pages Jaunes. «Allo, les mecs. Laissez tomber votre version imprimée, on a le web maintenant». Votre site web est nul? Google est plus performant? Bing vous clenche? Ah ben là. Merde.
C’est donc un épisode douloureux pour Pages Jaunes, surtout que l’annuaire imprimé est indissociable du nom même de l’entreprise. Quelle mauvaise publicité! La marque en souffrira d’autant plus que pour la majorité des gens, Pages Jaunes n’est qu’un annuaire. Si on lui associe, année après année, des épithètes comme inutile, polluant, vieillot, antiquité ou irresponsable, cette marque solide (soyons honnête, historiquement, Pages Jaunes était une marque de confiance, reconnue et appréciée) pourrait devenir un boulet commercial dans les marchés où la résistance s’organise. Et à partir de là, bonne chance.
Branding
J’ai pris le temps et la peine de retirer mon nom de la liste de distribution des Pages Jaunes. Devinez ce que je trouve devant ma porte …
Quelle frustration. Vraiment pas contente.
L’image de marque en souffre, c’est certain.
Je comprends l’ampleur du problème, et constate une mobilisation efficace pour faire changer les choses de la part de citoyens exaspérés. Espérons que Pages jaunes saura bien réagir, car nul ne souhaite leur disparition, seulement leur adaptation à ce qu’est le web devenu, et à la conscience environnementales des citoyens.
Pour rafraichir la mémoire:
Page Jaune offre maintenant la possibilité de se désabonner de la liste de distribution, et de recevoir les infos par des moyens électroniques. En allant ici-même, vous pourrez facilement vous désabonner de la liste de distribution du bottin papier: http://www.ypg.com/distribution/
- certaines personnes l’auraient tout de même reçus, c’est dommage. Et frustrant. Suivi à faire. -
Par ailleurs, l’idée d’une liste d’abonnement pour ceux qui veulent le recevoir en papier est bonne. Mais Page Jaune a mis en place cette stratégie de « désabonnement » pour répondre aux demandes des citoyens (et probablement des groupes de pression écolo). Un pas à été fait. Peut-être corrigeront-ils le tir?
Pour tout savoir sur leurs politiques de développement durable, et leur section spéciale sur le commerce équitable, la consommation responsable et le tranport durable http://www.ypg.com/page.php/fr/1/360.html
Vous critiquez ce plan, qui peut paraître comme une stratégie de Greenwashing. Mais pourrait-on aussi saluer l’effort? Tellement de grosses compagnies ne font aucune stratégie de développement durable. Saviez-vous que les tours à bureau du centre-ville (qui logent de nombreuses compagnies) sont si glaciales en été que les employés doivent s’apporter des chaufrettes? Et toute cette vaiselle jettable utilisée dans les cafétérias des écoles, des entreprises et des édifices gouvernementaux? Tout le gaspillage de papier, d’eau et d’électricité dans ces mêmes endroits? Je suis consciente que mon commentaire embrasse large, mais le travail à faire est colossal, et nous devons garder une perspective globale. Et encourager ceux qui démontrent une ouverture au dialogue et au changement comme semble le faire le groupe Page Jaunes.
@Yannick
Personnellement, je ne crois pas que Pages Jaunes soit un affreux citoyen corporatif. Oui, il y a un peu de Greenwashing, mais qui n’en fait pas? L’idée ici, c’est de mesurer les conséquences d’une croisade anti-Pages Jaunes sur la marque (qu’elle soit justifiée ou non…) et de réaliser que les marques des entreprises dans le monde 2.0 dans lequel nous vivons de plus en plus sont à risque. Et à plus forte raison quand l’entreprise elle-même porte le nom de son produit phare…
Ce qui me frappe dans cette saga, c’est de voir à quel point le Groupe Pages Jaunes est visé par les groupes de pression. Pourtant, il n’est pas le seul à distribuer un bottin aux portes de monsieur-madame-tout-le-monde. La majorité des Montréalais reçoivent trois bottins par année : celui des Pages jaunes, bien entendu, mais aussi celui de Canpages (plus de 8 millions à travers le Canada), et finalement celui de MediaPages (1,8 million d’exemplaires pour Montréal et les environs).
Ça nous fait trois coupables. Mais un seul est accusé de tous les torts sur la place publique. La marque Pages Jaunes écope de la situation. On n’a plus qu’à lui souhaiter bonne chance pour redresser son image…